2014 - Stéphanie Cherpin - Le paysage ouvre à heures fixes

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Exposition du 21 février au 7 juin 2014

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  • Stéphanie Cherpin, As my bones grew, 2014 Hamacs, support bois pour hamacs, ficelle, peinture, 400 x 210 x 250 cm
  • Stéphanie Cherpin, Surrender Pink Steam, 2014 Tuyaux, PVC, feutre, tissu, bois,enduit argile,plâtre, ficelle, maquillage 830 x 340 x 20 cm
  • Stéphanie Cherpin, Heaven is a truck, 2011 Gravure sur bois peint, saturateur, métal. 82 x 195 cm / 72 x 195 cm - par élément
    Photographies : Freddy Le Saux.
  • Stéphanie Cherpin, Negative creep, 2008 et au fond Orage I, 2013 Trampoline, tréteau de maçon, pieux pvc, portes de placard en fer, bois, peinture
    150 x 165 x 200 cm
  • Stéphanie Cherpin, When I grow lonely, 2014 Céramique, bois, pierre, polystyrène extrudé, ficelle, peinture.195 x 60 x 50 cm
  • Stéphanie Cherpin, Derelict (à gauche) et Happy house I, 2012 et Surrender Pink Stream, 2014
  • Stéphanie Cherpin, Her Milk is my shit, 2012 Plats en bambou, métal, argile auto-durcissante, ruban adhésif, corde, peinture.100 x 50 x 30 cm

Ecouter l'interview de Yannick Miloux dans l'émission radiophonique CINQ/25 - réseau art contemporain en Limousin diffusée sur Beaub'FM.

Comme le souligne Valérie Da Costa dans le texte qu’elle lui consacre, Stéphanie Cherpin appartient à cette jeune génération d’artistes qui n’hésite pas à se positionner délibérément en sculpteurs. Née en 1979 à Paris où elle vit et travaille, formée à l’Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux, puis de Marseille, où elle a suivi l’enseignement d’Anita Molinero, la jeune artiste poursuit depuis 2006 une recherche sculpturale singulière.
A partir de matériaux ou d’objets ordinaires, issus d’une fabrication industrielle (évier, caravane, chaîne métallique, mousse d’isolation phonique, poutre en polystyrène, planche à repasser, pot de fleur, conduit de drainage, escalier en bois, store en PVC, oreiller, cravate, etc.) qu’elle récupère ou achète dans les zones périurbaines (commerciales, industrielles, artisanales), Stéphanie Cherpin travaille avec acharnement selon le principe de l’assemblage.
Avec les matériaux de son temps, l’artiste nous donne à voir sa propre interprétation du réel, un réel qui n’est ni mis en récit, ni magnifié, ni monumentalisé, ni métamorphosé, mais plutôt livré sous sa forme la plus brute, presque instinctive. Elle considère que la sculpture est un travail de déconstruction et de reconstruction des masses et des volumes, comme le résultat d’un combat qui porte en lui toutes les traces du processus créatif, la mémoire de l’élaboration de l’œuvre que le visiteur peut revisiter et parcourir à son gré. Il n’y a pas d’étapes intermédiaires, mais un engagement jusqu’au-boutiste qui conduit à une orchestration de gestes plus ou moins rapides, plus ou moins violents. « Je cherche un épuisement de la forme pour arriver à quelque chose de juste » précise-t-elle.
Au moment de la recherche de matériaux et parfois pendant l’exécution de l’œuvre, les mouvements sont portés par la musique qui semble indissociable de la sculpture puisque les titres font référence à des paroles ou à des titres de chansons de groupes rock américains ou anglo-saxons (Nirvana, Sonic Youth, PJ Harvey, Tom Waits…), comme si la sculpture pouvait devenir un écho physique du son, de sa plastique et de sa malléabilité.
Pour cette exposition, l’artiste réalise de nouvelles sculptures en dialogue avec les salles voûtées de la galerie des Coopérateurs. Ces nouvelles œuvres sont mises en perspective par la présentation d’une quinzaine de sculptures déjà réalisées, dont deux font partie des collections du FRAC Limousin depuis 2008. Ainsi, même si l’ordre chronologique n’est pas respecté, il est permis de suivre et d’apprécier le parcours de l’artiste, son évolution, et la manière dont son vocabulaire tridimensionnel se met peu à peu en place.

> Quelques remarques sur les sculptures présentées :

Happy House II, 2012
Cette œuvre de dimension modeste est une double suspension le long du mur. Divers éléments s’égrainent en rythme, se déploient plus ou moins régulièrement et se rejoignent parfois. L’ensemble dessine un relief aux divers tons de brun rehaussé par son ombre portée sur le mur.


Salle 1 et 2
Surrender Pink Steam, 2014
Nouvelle création monumentale, cette sculpture suspendue est entièrement recouverte d’un enduit grossier (plâtre, crépi, argile).
Comme une barricade, une barrière toute en tensions, elle doit être parcourue physiquement pour être contournée et permettre l’accès à l’exposition. Ici, le regard passe à travers la structure mais peut aussi s’attarder sur les traces de sa fabrication (ligatures, nœuds, tensions…).

Salle 3 et 4
As my bones grew, 2014
Nouvelle création à partir d’éléments de hamacs (supports et filets) qui ont été façonnés à la meuleuse, assemblés, ligaturés en de multiples points de tension et enfin peints en camaïeu dans des tons verts. L’ensemble évoque autant une épave qu’un insecte géant.
Her Milk is My Shit, 2012
Cette œuvre de taille modeste est frappante par son mutisme apparent, comme si elle abritait un espace hors d’atteinte, un secret. Les éléments qui constituent son enveloppe semblent d’une grande fragilité. Des éléments modelés en argile grise, simples restes d’une activité manuelle, sont déposés à la surface.

Salle 5 et 6
Happy House I, 2012
Cette œuvre fut créée pour l’exposition « No Room » à La Salle de Bains (Lyon) en 2012. Pour rendre la sculpture plus autonome, l’artiste a souhaité construire un mur/paroi sur lequel l’œuvre vient prendre appui. L’ensemble produit un effet camaïeu aux différentes tonalités de bleu.
Derelict, 2012
Cette sculpture dressée à partir du sol suggère une articulation de l’espace. Chaque face est très différente, autant dans ses matériaux que dans leur traitement. Du recto, un élément émerge à l’horizontale sur lequel un effet de drapé est suspendu, comme figé.
Happy house II, 2012
Jumelle de celle présentée à l’entrée de l’exposition, cette œuvre semble pourtant différente. Accrochée devant le mur de pierres, sa gamme colorée y trouve une nouvelle relation presque mimétique.
Sans titre, 2012
Cette œuvre d’angle s’affirme par ses qualités graphiques. Les divers éléments qui la composent fabriquent un rythme presque musical.

Salle 7 et 8
Sans titre, 2007
Cette œuvre fut réalisée à Marseille, alors que l’artiste y finissait ses études. La polychromie de cette sculpture et l’effet de recouvrement des rideaux de raphia renforce son pouvoir évocateur. Une figure subliminale semble pointer.
Let’s Me Knife, Knife Me Lets, I Will Get What I Like, 2010
En vis-à-vis, cet assemblage délicat d’éléments préalablement maltraités suggère une figure primitive effrayante.

Salle 9 (avec escalier)
In Bloom, 2008
Cette œuvre ancienne a l’allure d’une colonne sur pieds. La répétition de certains fragments donne à l’oeuvre son caractère ornemental, presque baroque.

Salle 10 (grise)
Happy House III, 2012
Au fond de ce bac en forme de trapèze, on voit les traces de la fabrication de l’œuvre. Deux petits coussins y ont été traînés et enduits dans un processus de pétrification.
When I grow lonely, 2014
Cette sculpture verticale en camaïeu de gris à l’allure de totem est composée de différents matériaux plus ou moins identifiables sous la couche picturale homogénéisante.
Turquoise Boy, 2014
Cette nouvelle œuvre est un relief mural peint dans des tons bleus cuivrés. Une lame de scie de beau format est dressée au mur et sert de support rythmique à des éléments ligaturés contre elle.

Salle 11
Negative Creep, 2008
L’assemblage de ces différents éléments repose sur un effet de basculement, de l’horizontal au vertical, qui semble déclencher une avalanche de conséquences formelles dans une gamme de couleurs volontairement réduite au noir et blanc.

Salle 12 et 13
Heaven is a truck, 2011 (détail)
Créée en 2011 au Confort Moderne (Poitiers) pour l’exposition « De la neige en été », cette série de portes en bois a été récupérée dans un site industriel désaffecté. Chaque porte a été « attaquée » à la meuleuse. Les gestes agressifs révèlent paradoxalement les anciennes couches de couleurs et scarifient le bois jusqu’à la brûlure.
Feline Mix, 2007
Cette sculpture biface se présente d’un côté comme une forme symétrique et sinueuse découpée dans du parquet. Au verso, des formes renflées dans les tons bruns de bois de lits et de velours capitonnés émergent deux appendices clairs. Une sculpture qui semble montrer les dents…

 

Stéphanie Cherpin est représentée par la galerie Cortex Athletico : www.cortexathletico.com

Partenaire média : www.paris-art.com