Alun Williams

Six Fornarinas

2010
Huile et acrylique sur toile
130,3 x 161,4 cm
Collection FRAC Limousin
Inv. : 201118
© Alun Williams
Photo : Frédérique Avril

Williams


Ce beau format d’Alun Williams est actuellement présenté à la Villa Tamaris, à la Seyne-sur-mer, dans une rétrospective intitulée « Lux fecit » présentée jusqu’au 9 février 2020.

Il correspond à un chapitre précis, le dixième dans la démarche de l’artiste, et est reproduit dans le livre « Lest » publié en 2011. Depuis 1997, Alun Williams « peint des toiles de tailles différentes avec des motifs de tous styles, époques ou situations, mais ayant toutes pour point commun de posséder en leur sein une tache de couleur variable (rouge, bleue, jaune, grise…) »(1). Cette tache correspond à une « trace » trouvée sur le sol ou sur un mur à une adresse fréquentée par un personnage plus ou moins célèbre.
Ce grand tableau est très structuré. Séparé verticalement en deux parties plus ou moins égales, il montre à gauche une scène de cabaret plus dessinée que peinte. A droite, les espaces précisément construits de l’architecture et du mobilier nous immergent dans un intérieur classique où sont répartis des tableaux et des dessins du modèle favori de Raphaël, la Fornarina, autour d’une statuette soclée posée à l’avant d’une table. La précision des reproductions des deux tableaux de Raphaël fait écho au dessin de Matisse à l’arrière-plan et à celui de Picasso au centre où le modèle dénudé, repris d’un dessin d’Ingres d’après Raphaël, se contortionne derrière la table. Williams a habilement positionné le dessin de sorte que son sexe, au centre de la composition de Picasso, disparaisse derrière la table.
Toutes ces versions donnent crédit à la présence d’une statuette posée sur le coin de la table, ultime version de la Fornarina en trois dimensions imaginée par Alun Williams à partir d’une tache de peinture photographiée par un tiers. (3)
La partie gauche du tableau reprend la version caricaturale de la Fornarina faite par Joan Miro en 1929. « Elle surgit de l’incertain, à peine plus distincte elle-même. Seule se précise au loin, comme très en arrière, la petite tête noire qui surmonte la masse des chairs. En surimpression, le fin graphisme d’un poisson blanc est comme la projection d’un œil clair au centre de l’auréole mystérieuse de la coiffure. Cette silhouette pareille à une montagne de nuages, faite de rien que l’on puisse retenir, existe au-delà du dessin, de la couleur, du sujet. Elle est une présence inoubliable ». (4)
Ce tableau synthétise d’autres recherches faites en 2011 où Williams met par exemple en scène la rencontre entre cette Fornarina version Miro et le Psychologue de Magritte, un tableau de 1942, période « vache » de l’artiste, où un homme apparait de dos, cadré jusqu’au bassin, une rose à la main.
On peut considérer le tableau des Six Fornarinas comme une sorte de « collage peint », pour reprendre la célèbre formule de Max Ernst, où se confrontent deux visions divergentes. La vision « caricaturale » du modèle imaginé par Miro est mise-en-scène par Williams sur toute la partie gauche, comme sur une scène de cabaret. La partie droite semble mise-en-espace selon une distribution « métaphysique » dans l’esprit de Chirico où les différentes versions du modèle préféré de Raphaël sont peu à peu déshabillées jusqu’à l’acmé érotique de Picasso après Ingres. A ces deux visions, Williams oppose l’incarnation modeste et anti-héroique d’une tache de peinture trouvée en trois dimensions.

Notes
(1) Eric Mangion : « Une tache qui n’en est pas une… », in Alun Williams « Lest », ed. Manuella 2011, p. 224
(2) Entre 2003 et 2011, si l’on se réfère aux dix chapitres du livre, se sont succédés des portraits sous forme de taches de John Adams, Jules Verne, Joseph Gaultier, Edgar Poe, Julie Bêcheur, Hester Leisler, Giuseppe Garibaldi (et Antonio Meucci), Jules (Verne) et Victorine (Meurent), des Trois Grâces et des Six Fornarinas dans des époques, des situations et des rencontres parfois très insolites.
(3) La tache qui est à l’origine de cette statuette a été photographiée par Tony, une amie de l’artiste qui, lors d’un séjour à Rome, alla photographier l’adresse où la Fornarina avait vécu : 48, Via Governo Vecchio. Ces précisions sont données par l’artiste dans la chapitre « Où l’on découvre comment le Psychologue de Magritte impose sa présence et où il est beaucoup question de la muse de Raphaël. Où l’on apprend également pourquoi Tony part à Rome et comment elle se fait embaucher pour faire une chasse à la tache de peinture », in Alun Williams « Lest », op. cit. p. 203
(4) In Jacques Lassaigne « Miro », Ed. Skira, Genève 1963, pp. 61-62.

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