2016 - Collection en mouvement, Promenades urbaines, Panazol

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Médiathèque de Panazol
1, place Achille Zavatta
87350 Panazol

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Vernissage et visite commentée mardi 10 mai 2016 à 18h
 

Exposition 9 mai au 4 juin 2016

  • Werner Büttner, Vorstadtszene, 2004 Peinture à l’huile sur toile, 140 x 180 cm
    Collection FRAC Limousin / © W. Büttner
  • Damien Mazières, Sans titre (Buffalo), 2002 Huile sur toile, 150 x 200 cm
    Collection FRAC Limousin / © D. Mazière
  • Jacques Villeglé, Sans titre Sérigraphie
    Collection du FACLIM / © DR

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Simon BERGALA, Gregg BIERMANN, Christophe CUZIN, Philippe DURAND, Mathias LE ROYER, Francis MORANDINI, Damien MAZIERES, Jacques VILLEGLE, Werner BÜTTNER, Wojciech GILEWICZ.
œuvres des collections du FACLim, de l’Artothèque et du FRAC Limousin.

L’exposition « Promenade urbaine » présente un ensemble d’oeuvres variées - peintures, sculptures, photographies et vidéos - d’artistes de trois générations différentes autour du thème de la déambulation dans et autour de la ville.
Les points de vue adoptés et leurs mises en forme variées et très affirmées fabriquent, à l’intérieur de l’espace d’exposition, des itinéraires subjectifs. On y verra des rues, des détails de vitrines, des affiches lacérées, des devantures de magasins, une bouche de métro, des graffitis, des tags, des immeubles d’habitation, une zone commerciale, etc. Du centre à la périphérie. Ouvrons l’oeil !

Un ensemble de sérigraphies de Jacques Villeglé (né en 1926) concerne la part la plus « historique » de l’exposition. Depuis la fin des années 40, Villeglé s’est fait connaître comme affichiste, c’est-à-dire, spécialisé dans la collecte d’affiches trouvées sur les murs et les palissades des villes. Ses oeuvres sont des collages lacérés et anonymes qu’il prélève dans le tissu urbain, tout à fait symptomatiques d’une époque. Véritable archéologue de la rue, Villeglé restitue la mémoire collective vouée à disparaître.
Son intérêt pour la typographie lui a fait imaginer à partir de 1969 un alphabet sociopolitique en hommage à Serge Tchakhotine, auteur en 1939 d’un essai intitulé le Viol des foules par la propogande. Son alphabet sociopolitique s’inspire d’un graffitti répéré sur un mur du métro en 1969.
Une sculpture blanche, énigmatique et muette, de Christophe Cuzin (né en 1956) émerge en premier plan, juchée sur deux pieds métalliques. Il s’agit de la mise en trois dimensions d’un tag trouvé par l’artiste autour de la Gare d’Austerlitz. Cuzin, qui fut d’abord un peintre géométrique, a renoncé au tableau au début des années 1990 pour ne plus peindre que directement sur le mur. Cette logique le conduisit à réaliser des peintures murales très différentes, dont une basée précisément sur le recouvrement de tags déjà peints en conservant leur contour.
A l’arrière-plan, un tableau de Werner Büttner (né en 1954) montre un sousbassement d’immeuble d’un quartier périphérique d’Iena, là où est né l’artiste. Grâce à un habile travail préparatoire de collage, l’artiste incruste deux images de crânes à casquettes et relie l’ensemble par une réplique de tag très coloré. Cette scène suburbaine désolée rappelle, par sa composition, certains tableaux de vanités du XVIIème siècle.
Tout près, un tableau de Simon Bergala (né en 1977), qui fit des études de géographie avant les Beaux-Arts – il fut l’élève de Büttner à Hambourg - frappe par sa plasticité très intense. L’oeuvre apparaît comme une composition précisément réglée en cercles concentriques. On y observe une sorte de ville cristalline dans un casque retourné, cernée par des tuyaux aux couleurs vives et des rubans de chantier très optiques sur un fond pictural particulièrement dense et tourmenté. La ville idéale se présente ici dans sa coquille protectrice et sécuritaire au coeur des flux et des transformations.
Au sol, une sculpture partiellement peinte de Mathias Le Royer (né en 1968) restitue son intérêt pour l’observation urbaine dans ses moindres détails : signalétique routière, mobilier urbain, emballages en tas comme sculptures anonymes, etc. Pour cette oeuvre, des cartons de différentes tailles ont tous été réduits dans leur hauteur pour créer un plan horizontal. Disposés selon un plan précis sur le sol, ils ont été partiellement peints en blanc et en jaune pour reconstituer un fragment de situation urbaine, une interdiction de stationner.
Un peu plus loin, une grande surface de moquette devient le support d’un grand tirage photographique. Il s’agit d’une oeuvre ancienne de Philippe Durand (né en 1963) qui accentue et déploie la sensation physique telle qu’il a pu la ressentir en face de cette bouche de métro. Porte d’entrée d’un monde souterrain, le cadrage en plongée et la surface de l’image donnent envie de la fouler au pied. Tout près, un tableau photographique (tiré sur toile et tendu sur chassis) donne un nouveau statut à un détail urbain. La devanture d’un bazar au rideau baissé, cadrée frontalement, met en évidence l’échange poreux et fortuit entre les mots et les objets.
La vision de la petite ville américaine de Hackensack par Gregg Biermann (né en 1969) tient du kaléidoscope. A partir de séquences filmées dans différentes rues de la ville et d’un logiciel 3D, l’artiste agence un enchevêtrement d’images en mouvement. Au centre de l’image, une sphère transparente tourne sur elle-même, et tout autour, plusieurs séquences se déploient à contresens. Cette multivision qui semble vouloir réunir tous les points de vue possibles s’accompagne d’un bande sonore aux accents aériens - un motet - qui donne une grande amplitude à l’oeuvre.
Deux tableaux anciens de Damien Mazières (né en 1975) présentent deux visions simplifiées de paysages urbains périphériques. Schématisés jusqu’à la géométrie pour celui qui reprend les motifs d’un tunnel routier, ou jusqu’à l’image générique pour ce restaurant reconnaissable même sans son logo, les peintures de Mazières tendent vers la simplification telle qu’elle peut être perçue lorsqu’on parcourt ces zones suburbaines en voiture.
Quelques photographies de Francis Morandini (né en 1982) s’intéressent à la lisière de la ville, à ses limites. Ancien élève de Philippe Durand aux Beaux-Arts de Lyon, Morandini travaille ses photographies à la chambre, après avoir effectué de nombreux repérages. Ses photographies très précisément composées sont les réceptacles de fragments d’objets, de situations fugaces et particulièrement volatiles lorsqu’elles captent des moments de vie où les
humains et les animaux entrent en jeu.
Deux tableaux et une vidéo de Wojcieh Gilewicz (né en 1974) complètent l’exposition. Les tableautins à l’huile sont de format très modeste. Leurs couleurs sombres et sales, leur matière épaisse et empâtée nous laisseraient
certainement un peu déçus s’ils n’étaient accompagnés d’une petite séquence vidéo de démonstration. On y voit un personnage – l’artiste lui-même - qui collecte de petits tableaux qui, jusqu’à ce qu’il les prélève de leur environnement, seraient certainement passés inaperçus.